Le disque dur arriva un de pluie, peu après . Personne au centre d’archives ne se souvenait d’avoir signé la réception. Pourtant, la boîte était là, posée sur le comptoir métallique du sous-sol, encore mouillée par l’eau sale de novembre.
Frédéric travaillait seul ce soir-là. Le genre de quart tranquille où les vieux néons bourdonnent plus fort que les humains. Les ventilateurs poussaient un air humide qui sentait le carton mouillé et la poussière chaude des machines qui roulent depuis trop longtemps.
Il remarqua immédiatement l’absence d’étiquette de retour. Pas de compagnie. Pas d’adresse. Rien. Seulement un autocollant jauni collé de travers avec trois mots écrits au marqueur noir.
Frédéric soupira. Encore une boîte de vieux dossiers administratifs oubliés par un établissement en restructuration, pensa-t-il. Depuis des mois, le centre récupérait des documents provenant d’anciens pavillons fermés. Des dossiers déplacés, renommés, oubliés assez longtemps pour que plus personne ne sache exactement d’où ils venaient.
Mais cette boîte-là le dérangeait. Rien de spectaculaire. Juste ce sentiment désagréable d’entrer dans une pièce vide et d’avoir l’impression que quelqu’un vient d’en sortir.
Le sous-sol était vide. Frédéric regarda quand même derrière lui avant d’ouvrir la boîte.
À l’intérieur se trouvait un disque dur externe noir, sans logo, sans numéro de série, sans marque visible. Sa surface mate était couverte de petites rayures, comme s’il avait été déplacé souvent. Trop souvent.
Frédéric fronça les sourcils. Sur son écran, une fenêtre venait de s’ouvrir. Le disque n’était pas encore branché.
Le ventilateur de son ordinateur accéléra.
Dans le corridor derrière lui, quelque chose cogna trois fois.
Tok.
Tok.
Tok.
Frédéric resta immobile. Le bruit venait des conduits de ventilation. Pas le bruit normal d’un vieux bâtiment. Quelque chose de plus sec. Comme des jointures contre du métal.
Son regard retourna vers l’écran.
Le mot « bienvenue » lui donna froid. Pas parce qu’il était menaçant. Parce qu’il avait l’air content de le voir.
Frédéric posa lentement la main sur la souris.
Le pointeur bougea avant lui.
Un nouveau dossier apparut.
Dans les conduits, quelque chose gratta doucement.
Dehors, Montréal continuait normalement. La pluie. Les voitures. Les lumières sur l’asphalte mouillé. Mais dans le sous-sol des archives, quelque chose venait peut-être d’ouvrir les yeux.